Le Conference Board du Canada travaille dans le domaine des prévisions économiques.  Nous produisons des prévisions détaillées relatives au produit intérieur brut (PIB), à l’emploi, au revenu, à la consommation et bien plus pour le Canada et ses régions.  Les entreprises et les gouvernements ont recours à ces prévisions pour planifier ou comparer leurs propres prévisions.  Ainsi, en tant qu’économiste, mon travail se rapporte surtout à l’activité économique mesurable en dollars et en cents, ou plutôt en millions et en milliards de dollars.

L’accent que nous, les économistes, mettons sur la production, le revenu et diverses autres mesures nous donne mauvaise réputation.  Nous sommes critiqués parce que nous excluons de nos analyses tout ce qui ne peut se mesurer en dollars.  En outre, il n’est pas rare que nous soyons accusés d’être incapables de représenter de plus vastes incidences sociales.  C’est pourquoi nous étions ravis lorsque Bénévoles Canada a abordé le Conference Board du Canada afin que nous estimions la valeur du bénévolat.  Plus concrètement, nous devions mesurer la valeur bien réelle des services offerts dans notre économie qui sont absents du PIB et des comptes nationaux.  Voilà une occasion en or de nous racheter : nous ne pensons pas seulement qu’à l’argent!

Lorsqu’il mesure le PIB, Statistique Canada ne tient pas compte de la valeur des transactions non-monétaires.  Toutefois, comme de nombreux Canadiens profitent des avantages et des services associés au bénévolat, nous sommes d’avis qu’il est tout à fait à-propos de mesurer et de comparer la valeur de ces services.

Selon nos estimations, 13,3 millions de Canadiens ont fait du bénévolat en 2017, soit 44 % de la population de 15 ans et plus.  De ce nombre, chacun a accumulé en moyenne près de 156 heures bénévoles.  Ces hypothèses reposent sur les résultats d’un sondage antérieur réalisé par Statistique Canada selon lequel ces chiffres correspondent à 1,1 million d’employés à temps plein, ou, si l’on tient compte des emplois à temps plein et partiel, à 1,2 million de personnes employées.  Bref, il s’agit d’environ 6,5 pour cent de l’emploi total.  À des fins de comparaison, cela équivaut à l’ensemble des employés du domaine de l’éducation.

Compte tenu de cela, nous pouvons affirmer que le bénévolat augmente considérablement la valeur des services offerts au Canada.  Si nous combinons l’effort bénévole aux emplois du secteur sans but lucratif animé par les dons, nous nous retrouvons avec 1,8 million d’emplois — un nombre plus élevé que pour l’ensemble du secteur manufacturier canadien!

Revenons aux dollars et aux cents.  Je suis économiste après tout!  Nous avons calculé la valeur en dollars des heures bénévoles à partir du salaire moyen dans le secteur bénévole, c’est-à-dire 27 $ (un salaire horaire moyen bien inférieur à celui de 35,50 $ pour l’ensemble de l’économie).  Ce faisant, nous avons estimé de manière prudente que le bénévolat ajoute essentiellement 56 milliards de dollars à l’activité économique du Canada.  

J’aimerais revenir au secteur sans but lucratif animé par les contributions volontaires (dons) qui se mesure au moyen du PIB, ouisqu’il implique des transactions monétaires.  À eux seuls, les organismes sans but lucratif animés par les dons contribuent 30,6 milliards de dollars de plus au PIB canadien.  Si l’on combine ce résultat à celui du bénévolat, il s’agit d’une valeur totale de 86,6 milliards de dollars!

Le bénévolat comporte toutefois de nombreux autres avantages.

Les Canadiens font don de leur temps et de leur argent parce qu’ils souhaitent contribuer positivement à leur collectivité.  Et, comme je l’ai mentionné plus haut, ces contributions comportent d’incroyables avantages que nous pouvons mesurer en termes de valeur des services.  Il ne faut toutefois pas oublier que les particuliers retirent beaucoup de leurs expériences de bénévolat, tout comme les organisations qui encouragent leurs employés à faire don de leur temps.

Plusieurs recherches ont montré que le bénévolat pousse souvent les gens en dehors de leur zone de confort.  Il les aide à acquérir de nouvelles compétences commerciales pertinentes et à accroître leur capacité de gain.  Les entreprises promeuvent de plus en plus le bénévolat auprès de leurs employés comme un outil de développement professionnel.

Or, nous ne devrions pas limiter notre pensée ainsi.  Non seulement les employeurs incitent-ils leurs employés à faire du bénévolat en vue d’améliorer leurs compétences, mais également parce qu’ils cherchent de nouvelles façons de contribuer à leur collectivité et de favoriser l’engagement de leurs employés.  En effet, un nombre toujours croissant d’employeurs encouragent le bénévolat en dehors du lieu de travail, car il s’agit d’une manière efficace de contribuer à la résilience d’une société dont nous pouvons tous profiter.

Les études révèlent également que le bénévolat peut améliorer la santé et le bien-être personnel.  Il s’agit effectivement d’une excellente façon d’aider les aînés à demeurer actifs et de favoriser l’engagement à vie des jeunes envers leur collectivité.  Les programmes offerts par les bénévoles renforcent la cohésion communautaire, améliorent les résultats des collectivités en matière d’éducation et de santé, et permettent aux participants et aux bénévoles de vivre des expériences de vie inestimables.

Bref, près de 44 % des Canadiens font du bénévolat, et, ce faisant, déploient un effort de travail non mesuré considérable dans notre économie, tout en offrant des programmes et des services essentiels dans nos collectivités.  Si ces services étaient mesurés, leur valeur s’élèverait aujourd’hui à environ 56 milliards de dollars.  À mon avis, une telle valeur mérite d’être célébrée.

Veuillez cliquer sur La valeur du bénévolat au Canada pour lire le rapport complet du Conference Board du Canada.