Le bénévolat constitue une excellente façon pour les nouveaux arrivants d’apprendre à connaître leur collectivité, tout en se renseignant sur la culture canadienne, en acquérant de nouvelles compétences et en faisant de nouvelles rencontres. À l’instar du recrutement de bénévoles d’autres cultures, le recrutement de nouveaux immigrants comporte certains facteurs uniques.  Par exemple, ils pourraient ne pas être familiers avec les normes sociales canadiennes ou encore être confrontés à certaines barrières linguistiques. Pourtant, le bénévolat représente souvent un précieux outil d’intégration. Et pour plusieurs nouveaux arrivants, il s’agit d’un tremplin vers l’emploi. Cette année, j’ai eu le plaisir de rencontrer Debbi du Centre du Bénévolat du Sud-Est du Nouveau-Brunswick qui, entre autre, aide les immigrants à trouver des occasions de bénévolat à Moncton.

Debbi, l’équipe du centre d’action bénévole et certains immigrants bénévoles de Moncton ont créé une vidéo afin d’aider les nouveaux arrivants à mieux comprendre la place qu’occupe le bénévolat dans les collectivités canadiennes. Ce projet a été mis en branle par des bénévoles qui ont également joué un rôle essentiel dans sa réalisation! La vidéo est offerte en anglais, en arabe, en philippin, en coréen, en mandarin et en russe.  Pourquoi ces langues ont-elles été choisies? Selon l’agent d’immigration de Moncton, à part l’anglais, il s’agit des cinq langues les plus couramment parlées par les immigrants de la région.

Vous pouvez aussi regarder la vidéo en arabe, en philippin, en coréen, en mandarin ou en russe!

« Nous sommes d’avis qu’en joignant les nouveaux arrivants dans leur propre langue et en les engageant activement dans la collectivité où ils résident et travaillent, ils auront l’occasion non seulement d’améliorer leurs compétences linguistiques et leur degré de familiarité avec nos collectivités, mais également de sentir davantage que le Nouveau-Brunswick est leur nouveau chez-eux. »

Debbi Leblanc, Centre du Bénévolat du Sud-Est du Nouveau-Brunswick

Cette vidéo a permis aux bénévoles ayant vécu l’immigration et l’intégration par la bénévolat de partager fièrement leur histoire avec d’autres immigrants. Le fait d’utiliser la langue qu’ils connaissent comble l’écart entre la culture qu’ils connaissent et celle qui les entoure maintenant afin de les inspirer à s’engager.

Comment votre organisme peut-il améliorer l’accessibilité du bénévolat pour les nouveaux arrivants?

Debbi a quelques conseils pour vous :

  • Créez un formulaire de demande simplifié pour les nouveaux arrivants sur lequel figure toute l’information de base sans détails.  Un formulaire trop complexe pourrait décourager ceux qui sont peu familiers avec nos processus. 
    Consultez l’exemple du centre d’action bénévole du sud-est du Nouveau-Brunswick.
  • Organisez un temps de rencontre. 
    Prenez le temps de rencontrer les nouveaux arrivants face à face. Cette rencontre pourrait servir d’entrevue informelle (le mot « entrevue » peut être intimidant pour certains). Au cours de cette rencontre, vous pourriez même découvrir des connaissances et des compétences qui ne figurent pas sur leur formulaire de demande!

Debbi a souligné que, bien qu’ils soient nombreux à vouloir pratiquer leur anglais ou leur français ou encore à mettre leurs compétences en pratique pendant qu’ils se cherchent un emploi, la majorité de ces futurs bénévoles souhaitent également combler un besoin dans leur nouvelle collectivité. Voici quelques-unes de ses approches pour les aider :

  • Recueillez le plus de renseignements possible concernant les objectifs du nouvel arrivant et ce qu’il espère retirer de son engagement bénévole. Vous pourrez ainsi l’orienter vers des occasions qui misent sur ses forces, ses intérêts et ses buts.
  • Aidez les nouveaux arrivants à concevoir un profil de bénévole dans lequel sont décrites les compétences et les expériences qu’ils souhaitent partager. Acheminez ce profil à l’organisme où il travaillera ou aimerait travailler.

Un autre obstacle à l’engagement des nouveaux arrivants est le filtrage, plus particulièrement la vérification des antécédents. Il peut être difficile de savoir comment s’y prendre pour adéquatement filtrer les immigrants qui souhaitent faire du bénévolat, surtout s’ils prévoient s’engager auprès d’une population vulnérable. Certaines politiques ou exigences opérationnelles rigides pourraient nuire aux rêves de bénévolat des nouveaux arrivants. Nous ne pouvons pas simplement contourner ces vérifications. Nous devons faire preuve de diligence raisonnable afin d’assurer la sécurité des personnes desservies. Toutefois, la vérification des antécédents et des références ne doit pas être le seul outil utilisé pour évaluer l’aptitude d’un bénévole pour un rôle. Elle doit être combinée avec d’autres outils de filtrage.

MOSAIC, un organisme d’établissement de la Colombie-Britannique, a produit un document intitulé Capturing the Talents of Newcomer Volunteers: A Guide to Developing Effective, Culturally Inclusive Volunteer Programs (en anglais seulement) qui décrit en détail toutes les facettes de l’engagement et de la gestion des bénévoles immigrants. Il met les organismes en garde contre le fait qu’ils ne peuvent s’attendre à ce que les nouveaux immigrants puissent fournir une vérification de leur casier judiciaire datant d’avant leur arrivée au Canada. Voici quelques conseils et alternatives recommandées :

  • Expliquez aux nouveaux arrivants les processus de vérification du casier judiciaire, de la santé et des références en prenant soin de préciser leur nécessité.
  • Fournissez des lettres de demande de vérification du casier judiciaire et de la santé que les nouveaux arrivants pourront remettre à leur médecin et à la police respectivement.
  • Acceptez les références non traditionnelles, telles que celles qui proviennent d’un propriétaire de logement, d’un enseignant de français langue seconde ou d’un travailleur en établissement.

Il est important de souligner que les résidents permanents et les autres immigrants sont filtrés exhaustivement pour toute inadmissibilité criminelle avant leur arrivée au Canada. Les nouveaux arrivants pourraient peut-être vous fournir d’autres types de vérification plutôt qu’une vérification traditionnelle du casier judiciaire. Demandez-leur de communiquer avec leur agent d’immigration ou leur organisme d’établissement afin de savoir s’il existe une alternative, ou offrez-leur de vous occuper de cette communication à leur place (avec leur permission bien sûr).

Nous devons toujours faire de notre mieux pour jumeler un bénévole avec un rôle qui lui convient. Nous devons également offrir aux nouveaux arrivants le même soutien que nous offrons aux autres bénévoles. Cela pourrait se traduire par l’affectation d’un mentor ou d’un « copain » à un bénévole compétent qui a besoin de soutien pour améliorer ses compétences linguistiques, ou encore par l’offre d’une formation à un bénévole dont les compétences linguistiques sont adéquates mais à qui il manque une compétence pour combler un poste.

Malgré vos meilleurs efforts pour accommoder leur situation, il se peut qu’un bénévole ne convienne pas à votre organisme ou que vous ne puissiez pas l’accepter pour diverses raisons. C’est dommage, mais ça arrive. Plutôt que de simplement refuser un nouvel arrivant, orientez-le vers un autre organisme de votre collectivité où il pourra faire du bénévolat ou vers un centre d’action bénévole qui l’aidera à trouver une occasion de bénévolat.  Dans la mesure du possible, mettez-le en contact avec une personne qui saura l’appuyer. S’ils sont laissés à eux-mêmes pour trouvez une autre occasion de bénévolat, ils pourraient se sentir débordés ou mis de côté. Si, toutefois, ils se sentent appuyés et appréciés comme bénévoles (même si c’est au sein d’un autre organisme), ils seront plus motivés à chercher un rôle qui répondra à leurs besoins et leur permettra d’aider leur collectivité.

Pour accomplir nos missions, nous devons rencontrer les gens là où ils sont afin de progresser ensemble. Les programmes bénévoles doivent faire de même afin que nos organismes reflètent les collectivités desservies. Les nouveaux arrivants possèdent une mine de connaissances et d’expérience qu’ils souhaitent mettre à profit dans leur nouveau pays. Il faut seulement leur donner l’occasion de les partager avec nous.