Les bénévoles qui œuvrent auprès de la clientèle vulnérable perçoivent leur engagement comme étant important et enrichissant. La compassion qui anime leur travail a un effet transformateur sur les clients et sur les bénévoles eux-mêmes.

Cependant, il peut s’avérer exigeant d’œuvrer auprès de personnes qui vivent des situations difficiles.  

Dans le contexte actuel des services sociaux et de la santé, qui font face à des défis importants, la fatigue de la compassion et la satisfaction de la compassion doivent faire partie des considérations des gestionnaires de ressources bénévoles.

La fatigue de la compassion et la satisfaction de la compassion

En termes simples, la fatigue de la compassion peut-être décrite comme étant le stress émotionnel qui peut être le résultat d’être témoin de la détresse des autres.

Les chercheurs, Larsen et Stamm définissent la satisfaction de la compassion comme étant le sentiment de satisfaction, de contrôle et de d’habilité que l’on peut éprouver en offrant du soutien et de l’aide à autrui.

Les deux phénomènes trouvent leurs origines dans la même source : la compassion. Celle ci peut s’épuiser ou se renouveler, selon les circonstances.

Chez les bénévoles, l’impact de la fatigue de la compassion peut amener une capacité réduite de s’acquitter de ses responsabilités, une baisse au niveau de la motivation, un sentiment d’isolement, des absences plus fréquentes ou du « présentéisme ». De plus il peut y avoir des risques de comportements inappropriés qui peuvent se traduire par le désengagement ou par une implication excessive de la part des bénévoles auprès de la clientèle.

Lors d’un atelier sur la fatigue de la compassion, les gestionnaires expérimentés du Community Council on Volunteerism ont partagé que les bénévoles qui avaient des  attentes réalistes de leur rôle étaient moins susceptibles de ressentir de la fatigue de la compassion

Les bénévoles qui sont capables de contextualiser la réalité des clients et qui entretiennent des attentes réalistes quant à ce qu’ils peuvent accomplir étaient en mesure de mieux gérer les exigences de leur rôle.

Trois facteurs peuvent influencer la fatigue ou la satisfaction de la compassion: les bénévoles eux-mêmes, les exigences du poste et le contexte organisationnel.

Pour ce qui est  du bénévole, ses caractéristiques personnelles, sa situation et sa perspective sur son rôle peuvent déterminer dans quelle mesure il pourra gérer les défis émotionnels du poste.

La nature du poste, ses exigences, les réalités auxquelles les bénévoles auront à faire face, la fréquence et la durée de l’engagement sont des facteurs que l’on doit considérer quand nous évaluons les risques rattachés à la fatigue de la compassion.

Le contexte organisationnel et sa capacité d’outiller et d’appuyer les bénévoles dans le maintien d’un bon équilibre vont influencer l’incidence de la fatigue de la compassion.

Soutenir la satisfaction de la compassion à travers le cycle de gestion des bénévoles

Alors que la fatigue de la compassion peut être perçue comme étant un « 

problème » individuel, il s’agit d’un enjeu qui relève aussi de l’organisme.

L’organisme a une responsabilité de préparer et soutenir les bénévoles dans la charge émotionnelle associée à leur rôle. Pour leur part, les bénévoles ont la responsabilité de bien comprendre, d’identifier et d’exprimer les difficultés qui pourraient affecter la qualité de leur engagement.

La prévention
Il est important de développer des lignes directrices telles que des politiques, des procédures, des descriptions de postes et de mettre en place divers mécanismes d’aide et de soutien.

Le recrutement

Afin d’éviter le syndrome TLM (Toujours les mêmes) il est important d’avoir suffisamment de bénévoles pour rencontrer la demande de votre organisme. Ceci contribuera à prévenir une cause commune de la fatigue de la compassion : la surutilisation des mêmes bénévoles engagés et fiables.

La sélection
Pendant le processus de sélection des bénévoles, assurez-vous d’être à l’affut de leurs attitudes et de leurs habiletés émotionnelles. Soyez franc sur la nature de l’engagement et sur les bénéfices et les défis que comporte le poste.

La formation
Intégrer de la sensibilisation sur la fatigue de la compassion et la satisfaction de la compassion au sein des formations offertes aux bénévoles. Donnez-leur les moyens d’identifier les signes avant-coureurs et les outils pour maintenir l’équilibre. En guise de prévention, vous pourriez aussi proposer au bénévole de développer un plan d’action pour assurer un bon équilibre.

Une étude éffectuée auprès du personnel salarié et des bénévoles qui œuvraient dans le service de deuil a identifié une relation significative entre la méditation consciente et la satisfaction de la compassion.

La supervision
Augmenter graduellement la fréquence et la durée de l’engagement. Effectuer des contrôles réguliers, instaurer des rotations de tâches et encourager les bénévoles à prendre des pauses de leur engagement. Il est important d’offrir des lieux d’échange pour les bénévoles : le support par les paires ou des rencontres de groupe sont particulièrement appréciés et efficaces. La reconnaissance du travail est importante, mais aussi la reconnaissance des défis et des petites victoires.

La bonne nouvelle, c’est que la compassion est une ressource renouvelable !

Bonne nouvelle ! Malgré le fait que le niveau de la satisfaction de la compassion peut varier, c’est une ressource renouvelable.  Souligner les victoires, encourager l’équilibre et offrir des occasions d’exprimer les difficultés qu’ils vivent sont tous des moyens de maintenir la satisfaction de la compassion. S’il arrive que les bénévoles vivent de la fatigue de la compassion, une détection précoce et une action efficace feront en sorte  de raviver la flamme

Il est important d’informer les bénévoles de leurs responsabilités de bien comprendre leurs fonctions ainsi qu’être dans la capacité de les identifier et d’exprimer les difficultés liées à celles-ci. L’organisme se doit d’offrir du soutien, de l’information et de gérer les problèmes liés à la fatigue de la compassion dès qu’elle se manifeste. 

Dans la mesure du possible, soyez un modèle, prenez des pauses, mangez votre déjeuner, créez des limites, partagez la charge de votre travail en déléguant et et affichez fièrement votre plan d’action.

Le pouvoir véritablement transformateur de la compassion, pour le bénévole, le client et la communauté, vaut la peine de faire un effort supplémentaire pour s’assurer que nous contribuons à la maintenir bien vivante.


Marisa Gelfusa est conceptrice, consultante et formatrice. Elle facilite des activités d’apprentissage accessibles et transformatives.  Elle a œuvré avec des organismes communautaires et publics tels que le Centre d’action bénévole de Montréal, l’Université McGill et la Fondation Trillium.

Elle est étudiante en maîtrise à l’Université Concordia et possède un certificat de maîtrise de l’Université York en Formation aux adultes et développement professionnel.

Elle dirige actuellement un projet qui vise à promouvoir l’apprentissage inclusif dans le milieu communautaire.